Les modifications des ouvertures

INTRODUCTION

Les ouvertures existantes dans les façades du bâti ancien expriment des logiques fonctionnelles autant qu’esthétiques. Les percements éclairent les pièces en fonction de leur usage. La création d’une ouverture dans une façade existante répond souvent à la volonté d’adapter la maison à des usages plus contemporains. Les façades anciennes étaient souvent peu percées, ne répondant pas toujours aux besoins d’aujourd’hui en matière de lumière et de confort. Créer de nouvelles ouvertures est un véritable projet qui modifie l’aspect extérieur de la maison.  Cette opération délicate nécessite la connaissance de règles simples.

Comprendre l’existant

L’ensemble d’un bâtiment existant possède sa logique propre, un équilibre qu’il faut bien comprendre avant de venir y insérer de nouveaux éléments. Formes et dispositions des percements découlent des techniques de construction, des besoins et des traditions, qui constituent des typologies spécifiques.

L’impression d’ensemble de la façade est donnée avant tout par son rapport entre les « pleins » et les « vides ». L’équilibre peut aussi bien venir d’une disposition très régulière et rythmée, que d’une concentration des « vides » sur une partie, laissant tout un pan de mur aveugle et créant un équilibre visuel global.
Les modes de construction imposaient pour les ouvertures des formes verticales et étroites, mais on observera également leurs proportions précises : on retrouve souvent les mêmes rapports.

On cherchera avant tout à comprendre la logique qui a prévalu à la construction concernée.
La poursuivre permettre d’éviter des erreurs esthétiques.

L’ordonnancement des façades devra être conservé et parfois reconstitué. Si on doit créer des nouvelles ouvertures, celles-ci devront respecter l’existant.

Jeux de façades

  • La première répond aux usages : un percement pour rentrer, un autre pour éclairer, un troisième pour stocker. On retrouve surtout cette logique dans l’architecture des constructions rurales, où édifices n’étaient pas conçus pour leur esthétique mais pour leurs usages. Cette logique a vu l’émergence de façades dites non « réglées », c’est-à-dire non organisées par un dessin de composition. Les percements occupent alors très d’espace, laissant la part belle aux surfaces pleines. Modifier le rythme d’une façade non réglée en lui conférant une régularité n’est donc pas la solution.
  • La deuxième répond à des logiques de composition : Symétrie, axes verticaux et horizontaux. Ces façades réglées répondent à des logiques structurelles permettant de ne pas fragiliser la construction. Elles ont également un rôle esthétique avec le jeu d’alternance entre les pleins et les vides. Accompagné ou non d’un décor soigné, la façade s’inscrit dans une histoire de l’architecture classique apparue avec la Renaissance.

Les qualités de la menuiserie bois :

  • liberté de composition,
  • section des profils réduite,
  • excellent isolation thermique,
  • possibilité de coloration variée,
  • économie,
  • adaptabilité,
  • possibilités de réparations,
  • durabilité.

Quelques principes simples à respecter

  1. Une bonne analyse du bâtiment existant est un préalable incontournable.
  2. Les façades non « réglées » garderont leur logique propre, et l’ouverture projetée ne doit pas essayer de créer une composition classique.
  3. Avec les façades composées, l’organisation générale devra être respectée. Les façades sont rythmées par des axes verticaux et horizontaux qui devront être suivis.
  4. Le bâti ancien est en général muni d’ouvertures aux proportions verticales. Les façades des maisons, et notamment celle sur rue, devront impérativement conserver cette verticalité.
  5. Les proportions des nouvelles fenêtres devront reprendre celles des existantes (plus hautes que larges).
  6. Pour les menuiseries, on privilégiera le bois, qui poursuit la logique constructive et esthétique des constructions anciennes. L’aluminium et l’acier peuvent également être utilisés mais sont plus adaptés aux esthétiques contemporaines.
  7. On évitera d’utiliser le PVC pour des raisons à la fois patrimoniales et environnementales.
  8. Les encadrements des fenêtres et portes (par exemple en pierre ou en brique) seront réalisés en conformité avec l’existant. On s’attachera à bien choisir les matériaux définissant la nouvelle ouverture (couleur, aspect, joint). Les matériaux de récupération (issus de démolition) sont parfois adaptés. Le respect des matériaux d’origine pour la maçonnerie, ainsi que le soin de la mise en œuvre, sont primordiaux.
  9. Les façades arrières, sur cour ou jardin, permettent souvent une plus grande liberté pour la réalisation d’ouvertures de grande taille.
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Anne Favry, architecte.

Les grandes ouvertures contemporaines

Un exercice difficile consiste à traiter les grands percements existants, traces par exemple d’un usage agricole révolu. S’ils représentent une opportunité de répondre à un désir de lumière et d’ouverture sur l’extérieur, il faut néanmoins veiller à la composition des menuiseries. Conçues dans un souci de cohérence par rapport à l’existant, elles contribuent fortement à la qualité architecturale du bâtiment.

On pourra donc :

  • soit réaliser de grands vitrages vides de clair.
  • soit alterner des parties vitrées et des parties pleines (avec des remplissages en bois par exemple).
  • soit composer la baie par des partitions entre pans fixes ou ouvrants.
  • Les grandes ouvertures contemporaines, sur le bâti à dominante rurale, quand elles sont bien intégrées, peuvent proposer des cadres sur le paysage environnant. Elles permettent une relation entre intérieur et extérieur de la maison.
  • Dans le cas particulier d’une grange dont l’usage serait transformée en pièce à vivre, la porte charretière pourra être transformée en baie vitrée, protégée par exemple du soleil par des claustras ou des clins de bois. Mais la menuiserie ne devra en aucun cas modifier les proportions originelles du percement.

Adaptation des percements existants

  • Créer une fenêtre à partir d’une porte existante : on pourra le faire si et seulement si on utilise le même matériau et la même mise en œuvre pour le remplissage de l’allège et si on n’élargit pas l’ouverture. On gardera les traces de l’ancienne porte si celle-ci comportait des pierres ou briques d’encadrement.
  • Créer une porte à partir d’une fenêtre existante : possible en gardant toujours la proportion verticale de l’ouverture (ne pas élargir l’ouverture existante qui perdrait l’écriture souvent présente d’un encadrement de baie travaillé).
  • Boucher une ouverture : on évitera le plus possible de boucher une fenêtre car on contrarie le rythme et la composition générale existante. Si c’est inévitable, on créera un remplissage avec le matériau présent dans la maçonnerie plutôt qu’un parpaing inadéquat. On gardera les encadrements en pierres ou briques plutôt que de les masquer par un enduit.
  • Doubler une fenêtre existante : on préférera cette solution afin de créer une ouverture plus grande (surtout sur les façades côtés rues) à celle de créer une ouverture aux proportions inadéquates (plus large que haute). Dans la majeure partie des cas, la proportion verticale reste la plus adaptée pour les  maisons anciennes.
  • Aligner les ouvertures : les nouvelles ouvertures viendront s’aligner naturellement sur les linteaux et appuis des  fenêtres existantes. On reproduira l’encadrement existant à l’identique dans une logique d’harmonisation. Souvent, à cause des raccords d’enduit, on sera dans l’obligation de ravaler la façade dans sa globalité (cf. fiche technique n° 3).
  • Reprendre le dessin de la menuiserie de la fenêtre existante : si les ouvertures existantes sont munies de menuiseries anciennes, la fenêtre créée reprendra la même esthétique. Si l’ensemble des menuiseries doit être remplacé, un vitrage vide de clair (un seul vitrage) ou à deux battants pourra être choisi.

Il faut éviter les solutions standardisées qui ne s’adaptent pas à ces cas de figure particuliers.

Ce qui a été fait

Ce que l’on aurait pu faire

Les ouvertures, les erreurs à ne pas commettre

Quel que soit le type de maison, la plupart des façades répondent à des logiques. Symétrie, lignes verticales et horizontales sont les grands principes utilisés dans les compostions. Ces logiques, lorsqu’elles sont intégrées dans un projet, permettent d’éviter des erreurs dommageables à la maison. Les exemples à suivre présentent des erreurs que l’on retrouve fréquemment lorsqu’il s’agit de modifier une façade ou d’éclairer des combles. Ces erreurs sont dommageables au patrimoine et amoindrissent sa valeur esthétique et financière.

Une bonne analyse du bâtiment existant (qualités, faiblesses, logique de composition) est un préalable incontournable.

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